Un homme est mort, dimanche en fin d’après-midi, poignardé devant les yeux de son fils de 11 ans alors qu’ils jouaient avec un ballon sur un complexe sportif. Clichy-La-Garenne. Son meurtrier est un SDF, un déséquilibré plusieurs fois hospitalisé ces dernières années. Sans motif apparent, il a surgit et frappé. Après avoir été interpellé par la police, il aurait déclaré avoir entendu des voix.
Évidemment, la victime, un père de famille de 47 ans, chauffeur de taxi, avait le cœur sur la main. L’acte relance le débat sans fin sur l’internement des personnes ayant de grands problèmes psychiatriques. Avec de nombreux “si”, le drame aurait pu être évité. Mais peut-on de toute façon lutter contre le hasard fatal? Tiens, c’est un bon sujet de philo (le “fatal” est en trop et fait un peu TF1, certes).
Plus que de relancer un débat interminable, ce qui frappe dans ce drame c’est la dimension visuelle pour le lecteur. Certains fait divers sont difficiles à imaginer, car trop éloignés des réalités, ou trop peu représentés. La scène où quelqu’un d’innocent est poignardé – devant les yeux de son gamin ou de sa femme, c’est encore pire – tout le monde l’a dans la tête et cela la rend d’autant plus terrible. Elle a été tellement représentée des dizaines et des dizaines de fois dans des films, séries, BD qu’il n’est pas très difficile de l’imaginer.
Tout le monde tressaille en imaginant l’assaillant surgir par derrière, poignarder l’homme qui perd son souffle et qui se replie sur lui-même. Là, on ne voit plus la scène dans son ensemble, gros plan sur les yeux du gamin. La surprise, l’incompréhension. Le cri qui ne sort pas. Puis la caméra se met à suivre le ballon qui tombe des mains du père et s’éloigne en rebondissant lentement.
Des exemples, il y en a trop. Disons que si c’est une série américaine, cela sera un clifhanger entre deux épisodes pour nous obliger à regarder la suite. Le dernier plan serait sur les yeux de l’homme qui regarde d’un sourire carnassier le gamin. Idem pour un manga japonais, porté sur les sabres. Le nombre de fois où un épisode de Bleach se termine par quelqu’un qui se fait poignarder est incalculable. Toujours au Japon, mais si c’est un film cette fois, la scène se passera au début, elle ira très vite et l’assassin tuera aussi l’enfant, parce qu’il ne faut pas tortiller. Beaucoup de sang. Si c’est un film français, on ne verra pas la scène, ce sera au personnage principal, souvent un flic, de l’imaginer dans sa tête et de la recomposer.
Et n’oublions pas les comics américains. Là, le drame surgira de temps à autres dans les épisodes, comme des flashs de souvenirs. Le superhéros luttera contre les forces du mal car cet épisode l’aura traumatisé dans son enfance et reviendra régulièrement le hanter.
De ses longues ailes de chauves-souris, il survolera la nuit la ville pour nous protéger. Mais jamais il ne connaîtra le bonheur.
Q.G.
