Rixe mortelle, lynchage et barbarie?

Les Mureaux. Entrée de la bretelle de l’autoroute A 13. Vers 1 heure du matin dans la nuit de dimanche à lundi dernier. Un banal accrochage entre un couple de jeunes en Clio qui revient d’une soirée et une famille qui part en vacances en Algérie en Audi. Les premiers refusent d’établir un constat à l’amiable, “parce que c’est pour les Français”, les seconds appellent la police. Les autres, alors, téléphonent à leurs amis de la cité. Qui arrivent avant les flics. Une dizaine de personnes. Affrontement, ou plutôt passage à tabac. Un des passagers de l’Audi, Mohammed, la trentaine, est laissé pour mort. Il succombe à ses lésions dans la nuit.

Selon Le Monde:

A en croire le frère de la victime, à leur arrivée, les individus ne cherchent pas à comprendre : “Ils nous ont dit : on va vous tuer devant votre mère. C’était ça leur programme : on va les finir.” Mohamed et plusieurs de ses proches sont passés à tabac. L’altercation est d’une rare violence. Les enquêteurs parlent “d’une boucherie”. “Un véritable massacre”, selon la famille.

Me Olivier Combe, interviewé par France Soir, l’avocat du couple, estime pourtant qu’ils sont sans histoire:

« Ce sont des gens sérieux, décrit-il, pas du tout la sale fille qui appelle à la bagarre et le chef de bande qui ont été décrits jusqu’à maintenant. Ils n’ont pas du tout le profil. Lui travaille comme technicien, elle est étudiante. Ils sont en couple depuis quelque temps déjà et revenaient d’un dîner en amoureux… »

La plupart des suspects ont été interpellés, l’enquête suivra son cours, il y aura des condamnations. Mais, au-delà du fait divers dramatique, que reste-t-il dans le symbole? Qu’aujourd’hui l’on peut mourir pour un banal accrochage en banlieue. Qu’ensuite Le Parisien et Le Monde parlent de “lynchage”?

Comment peut-il y avoir encore des lynchages aujourd’hui? Les lynchages c’est pour les westerns, pour les foules en délire qui choisissent quelqu’un au hasard et qui le pendent ou le lapident sans procès, pas pour la France de 2010.

La plupart des journaux ont titré “Rixe mortelle”. Une “rixe”, ça va. Cela fait bagarre de mecs bourrés dans un bar qui aurait dégénéré. On se dit que ça arrive.

Alors que lynchage… mot créé en 1837, issu de la “Loi de Lynch”, nom donné à une méthode de jugement expéditif, prônée par le sénateur de Virginie William Lynch, au 18ème siècle. De la fin du 19ème jusqu’à la deuxième guerre mondiale, cela désignait surtout les exactions du Ku Klux Klan contre les noirs. Difficile donc d’utiliser un terme plus connoté.

Alors, en France, aujourd’hui, on a des “barbares” (France Soir) qui “lynchent”. La nuit, comme ça, pour le plaisir. En utilisant ces mots, dans l’imaginaire populaire, du noir chassé on passe aux noirs chasseurs (même si ce n’est jamais précisé dans les articles, vrai ou pas, tout le monde imagine que le groupe était composé majoritairement de jeunes blacks, notamment à cause de leurs noms).

Du pain béni, malheureusement, pour l’extrême droite.

About the Author

Megalopolismag.com est le site web de Megalopolis, le journal du très grand Paris.