Plat du Pied identité

3 octobre 2009 : le Créteil Bébel choque toute la planète foot en refusant de jouer contre le Paris Foot Gay. Un match contraire aux «principes» de l’équipe, composée de «musulmans pratiquants». La France découvre le foot communautaire qui anime pourtant depuis un siècle les championnats amateurs, particulièrement en Ile-de-France. Revue d’effectifs…

«C’est tellement vieux, je me souviens plus…» Membre fondateur du Portugais Bondy A. S. C. au milieu des années 1970, Fernando Ferraz a du mal à se remémorer cette époque où, au pays, Eusebio taquinait encore le cuir. Fernando est issu de l’immigration lusitanienne, celle qu’il a voulu rassembler sur le pré, en créant le club. L’un de ceux qu’on appelle «communautaires». Des équipes de Portugais, de Turcs, de Kurdes, d’Arméniens ou… de Bretons. Les noms sont parfois trompeurs -il existe des Ankara FC sans Turcs ou des AS Trifouillis-sur-Seine entièrement composés d’Arméniens. Impossible de recenser ces formations : il faudrait relever l’origine de ses membres, ce qui est interdit en France.
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis que le football existe, des équipes se sont formées autour d’une nationalité ou d’une religion commune. Les clubs musulmans,  tels le Créteil Bebel, sont les successeurs des «clubs catholiques et protestants du début du siècle», raconte le sociologue William Gaspirini…

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Making OfDédé au comptoir du Balto, votre patron, Rama Yade, Jacques Attali, Georges Frêche à ses heures: tout le monde semble avoir un avis quand on parle de ballon rond. Surtout ceux s’y connaissent le moins. Thierry Henry et sa paluche en ont fait les frais en novembre, et quelques semaines plus tôt, c’était le football communautaire qui était l’objet de tous les commentaires. Un club musulman venait de refuser un match contre le Paris Foot Gay, par “principe”. Bien sûr personne ne semble prendre le temps de comprendre l’origine et le sens du football communautaire, qui n’est pas né avec le PFG et le Créteil Bébél. La France semble surtout découvrir qu’il existe des clubs musulmans et des clubs gays.

Les footeux du dimanche, nombreux dans la rédaction, se pose alors la question: est-ce une tendance? est-ce que les bons vieux clubs d’Arméniens et de Portugais vont être remplacés par des clubs communautaires fondés sur d’autres critères, comme l’orientation sexuelle ou la religion?
Une plongée dans les méandres de la ligue de football d’Ile-de-France permettent un constat rapide: les Kurdistan AS et les Antilles FC sont toujours là et la liste est longue.
Parmi eux, le club de Fernando Ferraz. Très vite, Fernando raconte, un brin de nostalgie dans la voix, comment il a décidé de fonder le club, comment il l’ a fait évoluer. Il est le témoin parfait, son club est l’archétype du club communautaire à l’ancienne comme on se l’imagine.

Mais pour une vision d’ensemble, il fallait un spécialiste et bizarrement, le football communautaire n’est pas un objet de recherche très prisé. William Gasparini fait figure d’exception, et s’il s’est surtout intéressé au football communautaire alsacien, ce sociologue me permet de comprendre les mécanismes qui font et défont les clubs communautaires. Et finalement, rien de nouveau sur les terrains boueux d’Ile-de-France, les clubs comme le PFG ou Créteil Bébel ont toujours existé. Les principes sont souvent les mêmes, et ils n’ont pas vraiment changé depuis plus d’un siècle, avec les problèmes qui les accompagne.
Ces problèmes justement préoccupent la Licra, qui semblait un interlocuteur essentiel. Parce qu’avant l’homophobie, le racisme déjà polluait et pollue encore tous les week-ends les parties de football.

Julien Dommel

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