Laurent Fignon est mort, il a perdu son contre-la-montre contre le cancer, le col le plus pentu qui soit. Retour sur la carrière d’un gamin du XVIIIe, qui a appris à pédaler au cœur du grenier du Grand Paris, les plaines de la Brie.
Laurent Fignon, c’était avant tout un look: des cheveux longs, fins et blonds, une calvitie naissante au sommet du crane, une mâchoire serrée pendant l’effort et des lunettes, ces lunettes qu’il n’abandonnait jamais, même sous le cagnard des longues étapes du mois de juillet. Des petites lunettes rondes, simples, un air de binoclard ou de “professeur”, son surnom en Italie. C’était les années 80, les maillots Gitane, Système U, Castorama.
Son look n’était pas la seule singularité de Laurent Fignon. Bien loin de la Bretagne, de la Normandie ou du Nord, terres de cyclisme par excellence, Laurent Fignon a grandi en Ile-de-France, une terre pourtant réputée hostile au vélo. Il est né en 1960 au cœur du XVIIIe arrondissement (hopital Bretonneau), a grandi rue Davy (XVIIe), dans les quartiers jadis populaires à mi-chemin entre les métros Guy Moquet et Brochant. Une autre époque, un père chef d’atelier en mécanique, une mère au foyer.
La famille Fignon quitte ensuite Paris pour la “campagne”, la Seine-et-Marne, et les routes de Tournan-en-Brie. C’est là qu’il découvre le cyclisme, sur le tard. A 15 ans, il prend sa première licence à Combs-la-Ville (sur le RER D). Sur les routes du Très Grand Paris, il lamine rapidement tous ses concurrents, qui comptent pourtant des années de pratique. Grand et fin, il est un excellent rouleur, apprend à maîtriser le vent qui souffle sur les plaines de la Brie, et fait jouer son sens inné de la stratégie.
En sept années chez les amateurs, il remporte une cinquantaine de courses avant de devenir pro en 1982. Sa carrière durera une dizaine de saisons. L’année suivante, il remporte le Tour de France pour sa première participation, double en 84, avant de connaitre une carrière en dents de scie, entre exploits et blessures.
Au final, le petit Francilien binoclard aura remporté 11 étapes du Tour, deux victoires finales, une seconde place pour 8 secondes en 1989 (la légende veut que des hémorroïdes l’aient contrarié lors du dernier contre-la-montre) , un tour d’Italie (plus deux étapes), un championnat de France et quelques grandes classiques comme Milan-San Remo ou Liège-Bastogne-Liège. C’était avant l’EPO et les transfusions sanguines, Fignon régnait sur une époque où le dopage était encore artisanal, où la pharmacie n’était pas le jouet d’agrégés en chimie, où les contrôles faisaient marrer tout le monde. La preuve: chopé deux fois pour prises d’amphétamines, il s’en sortira sans pertes ni fracas. Une conduite qu’il a reconnu plus tard, dans un livre: Nous étions jeunes et insouciants.
Laurent Fignon, pour les plus jeunes, était avant tout devenu le commentateur vedette du Tour, une gâchette sensible, prompte à flinguer les coureurs et les managers, déplorant régulièrement l’usage des oreillettes, et les tactiques de course frileuses. Sa voix d’outre-tombe en a même intrigué plus d’un cet été, la faute à une métastase qui appuyait sur ses cordes vocales, et personnellement, il me faisait de la peine.
François Mazet
Photo: Laurent Fignon sur le Tour de France 1992(Flickr/Velodenz)
PS: La légende de Fignon par Jean-Paul Olivier

Heu oui, mais s’il a vécu Rue Davy, les amis vous êtes gentils, c’est le 17e, pas le 18e.
Et RIP Laurent Fignon, celui qui prouvait à tout le monde que le cyclisme n’est pas un sport d’abrutis, et que seuls les types vraiment intelligents, comme lui, deviennent des champions.
Merci pour la remarque Renaud: après vérification, il est né dans le 18e, hôpital Bretonneau, et a ensuite vécu rue Davy, dans le 17e, l’avenue de Saint-Ouen faisant effectivement office de limite entre les deux arrondissements.
Sans rancune
C’est idiot, mais imaginer qu’il a vécu à trois rue de chez moi rend sa mort encore plus triste à mes yeux. C’est idiot non ?