Pantin, Montreuil, Rosny… à l’est du nouveau


Camille Daragon est étudiante en 5ème d’architecture à l’école Paris Malaquais. Elle s’intéresse depuis 3 ans aux phénomènes urbains et à la formation de la (grande) ville. Elle raconte pour Megalopolis l’exploration, à pied et pendant 3 jours, de la banlieue est de Paris.

Que faites-vous le week-end prochain ? La semaine dernière, je suis partie faire un périple un peu étonnant : sac au dos, chaussures de marche aux pieds, j’ai quitté le métro à Porte de Pantin en me promettant de ne revenir à Paris que 3 jours plus tard.

Cette exploration était proposée par un de mes profs qui nous avait promis « un voyage » dans le territoire de la banlieue est de Paris : Pantin, Romainville, Bobigny, Bondy, Rosny, Montreuil et Bagnolet. Prenant le contrepied de tout ce que l’on croit connaître de ces villes en voguant sur Google Earth ou en arrivant directement par le métro, cette expédition voulait redonner toute sa valeur à la réalité du terrain.

Avant le départ, je m’étais donc équipée : carte IGN, bloc note, appareil photo, chambre d’hôtel réservée. J’avais aussi mis dans mon sac, avec l’espoir de le relire, l’aventure des Passagers du Roissy-Express de François Maspero. L’écrivain y raconte son expédition d’un bout à l’autre de la ligne B du RER. Passionnant voyage d’un mois, au rythme d’une station par jour.

Notre point d’entrée était le canal de l’Ourcq. La balade le long de celui-ci est bucolique, on croise de nombreux coureurs et on remarque peu le passage sous le périph, qui marque pourtant la limite entre Pantin et la capitale. De grands bâtiments font crépiter les appareils photo. Les Grands Moulins réhabilités en siège social de la BNP, le Centre national de danse dessiné en 1972 par le maître du béton brut Jacques Kalisz et réhabilité par Antoinette Robain et Claire Guieysse, les Magasins généraux d’Haussmann, immense forteresse aujourd’hui délaissée et squattée… Après seulement 40 minutes de marche, nous sommes déjà bien avancés dans notre parcours. Voici une première réalité que révèle ce voyage : la temporalité des déplacements. La marche questionne les proximités et les distances que nos esprits parisiens calquent sur les interconnexions de métro. Sous nos pas, les lieux deviennent continuité et on se reconstruit mentalement un espace séquencé.


En grimpant sur la colline de Romainville, on se souvient aussi que le sol a une épaisseur et une topographie. En haut, on découvre des points de vue surprenants et on remarque tous les paysages que l’on a traversés. Le tissu urbain ne s’étend pas en banlieue uniformément : emprises industrielles, grands ensembles ou zones pavillonnaires, la ville est composée de formes architecturales variées, qui superposent des horizons. L’épaisseur du sol est une observation fascinante quand on s’approche des nœuds d’infrastructures. Le deuxième jour, nous avons longé les autoroutes A86 et A3 depuis le pont de Bondy jusqu’au centre commercial Rosny 2. Les réseaux et grands axes de transport ont beau être fondamentaux pour la mobilité en métropole, ils sont toujours relégués en limite communale. Les villes n’hésitent pas à les superposer pour en réduire encore l’emprise impactée. On en arrive à des entremêlements délicieux, où un train surplombe un RER, avec en dessous un autre train, puis une autoroute. Une joie pour tous les voyageurs à âme d’enfants, ayant aimé jouer aux Légo.

Après le temps des visites, on apprécie le temps du retour à l’hôtel. Ayant retiré ses chaussures, le marcheur se prélasse un peu puis se pose une question essentielle : où dîner ce soir ? Le premier soir, nous dormions à Bobigny et, voulant goûter à la vie du quartier, nous avons demandé conseil à l’hôtesse d’accueil. Celle-ci a eu bien du mal à comprendre notre envie d’authenticité locale. Elle ne cessait de répéter que le métro n’était pas loin et qu’on pouvait aller facilement en centre-ville ou vers Paris. Bref. On a fini au McDo.

Le troisième jour, nous explorions Montreuil, un peu à l’écart des agitations du marché de la Croix de Chavaux et de la finale du match de rugby. Si l’économie de Montreuil n’est plus portée par la culture maraîchère et ses murs à pêches, le marché du dimanche est quand même resté un événement culturel. La forme du parcellaire témoigne encore de cet héritage. La ville se transforme en fonction de l’histoire et des transferts d’activités. On pourrait l’oublier, mais à regarder attentivement, les lieux portent encore les marques du passé. Aviez-vous déjà remarqué que Paris était entouré de tant de forts ?

Au moment du départ, sur le quai du terminus de la ligne 3, j’ai rebranché mes écouteurs et je suis repartie en comptant les stations.  Vivement le prochain pont.

Photos : Benoît Chantelou

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