Anticipation. Grand Paris 2050: malgré la xénophobie et des conditions de vie précaires, les immigrés sont le moteur de l’activité économique d’un pays vieillissant.
63 morts. C’est le bilan définitif de l’incendie qui a ravagé lundi un squat du Haut Montreuil. 63 victimes, des immigrés maliens, avec ou sans papiers. Rien d’étonnant pour la ville champignon de Seine-Saint-Denis, berceau de cette immigration depuis près d’un siècle. Sur les 150 000 habitants de la commune, plus de 15 000 sont de nationalité malienne, et beaucoup vivent dans des conditions précaires. Dans les villes où les communautés sont formées principalement de travailleurs peu qualifiés, comme à Montreuil, la situation sociale est très difficile. Malgré tous les efforts du maire, le socialiste Axel Brard, la ville regorge de squats, d’appartements insalubres et de marchands de sommeil.
En 40 ans, la France a accueilli plus de 4 millions d’immigrants. Près de 40% ont élu domicile en région parisienne : 1,6 million de personnes sont ainsi venus grossir la population de l’Ile-de-France, estimée à plus de 14 millions d’habitants (70 millions pour la France). Elles ont permis de faire tourner un pays qui baigne dans le formol : seule la moitié de la population est en âge de travailler (20-65 ans), l’espérance de vie atteint 89 ans et, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès a été plus important que le nombre de naissances (-20 000 en 2049). Bâtiment, artisanat, grande distribution, services à la personne : des pans entiers de l’activité francilienne reposent sur les travailleurs immigrés. Et on manque encore de bras. Les entreprises emploient toujours plus de sans-papiers, au risque d’écoper de sérieuses amendes (loi Morano II et III).
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L’immigration. Toujours la même question qui revient à chaque campagne électorale: comment trier les “bons” immigrés qui travaillent dur, ferment leurs gueules et payent des impôts, des “mauvais” immigrés seulement intéressés par l’assurance chômage, la sécu et les allocations familiales ? On caricature le discours, mais derrière les tartuferies électoralistes, la question de l’immigration est primordiale dans des pays en voie de vieillissement, et donc de déclin.
Selon les projections centrales (c’est à dire moyennes) de l’INSEE, en 2050, la France comptera 22,3 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus (contre 12,6 millions en 2005), soit 31% de la population totale qui atteindra les 70 millions d’unités (Voir le tableau ci-dessous).
Dans son dernier rapport, le Conseil d’Orientation des Retraites constate qu’un afflux de travailleurs immigrés est une des solutions pour empêcher l’explosion du système.
Toujours selon l’INSEE, le solde migratoire (la différence entre immigration et émigration) devrait rester stable aux alentours de +100.000 entrées par an. Les immigrés résidant en France sont encore aujourd’hui majoritairement d’origine européenne. Le Maghreb et l’Afrique subsaharienne étant les autres régions d’émigration vers la France.
| Année | Population au 1er janvier (en milliers) | Proportion (%) | Solde naturel (en milliers) | Solde migratoire (en milliers) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0-19 ans | 20-59 ans | 60-64 ans | 65 ans ou + | 75 ans ou + | ||||
| 1950 | 41Â 647 | 30,1 | 53,7 | 4,8 | 11,4 | 3,8 | + 327,8 | + 35 |
| 1990 | 56Â 577 | 27,8 | 53,2 | 5,1 | 13,9 | 6,8 | + 236,2 | + 80 |
| 2000 | 58Â 796 | 25,6 | 53,8 | 4,6 | 16,0 | 7,2 | + 243,9 | + 70 |
| 2005 | 60Â 702 | 24,9 | 54,3 | 4,4 | 16,4 | 8,0 | + 243,5 | + 95 |
| 2010 | 62Â 302 | 24,3 | 53,0 | 6,0 | 16,7 | 8,8 | + 199,4 | + 100 |
| 2015 | 63Â 728 | 24,0 | 51,4 | 6,2 | 18,4 | 9,1 | + 163,6 | + 100 |
| 2020 | 64 984 | 23,7 | 50,1 | 6,1 | 20,1 | 9,1 | + 135,3 | + 100 |
| 2025 | 66Â 123 | 23,1 | 49,0 | 6,2 | 21,7 | 10,5 | + 119,2 | + 100 |
| 2030 | 67Â 204 | 22,6 | 48,1 | 6,1 | 23,2 | 12,0 | + 111,1 | + 100 |
| 2035 | 68Â 214 | 22,2 | 47,2 | 6,1 | 24,5 | 13,3 | + 81,7 | + 100 |
| 2040 | 69Â 019 | 22,1 | 46,9 | 5,4 | 25,6 | 14,3 | + 27,9 | + 100 |
| 2045 | 69 563 | 22,0 | 46,4 | 5,8 | 25,8 | 15,0 | – 13,3 | + 100 |
| 2050 | 69 961 | 21,9 | 46,2 | 5,7 | 26,2 | 15,6 | – 26,4* | + 100 |
Source: INSEE
Voici quelques grands traits de l’immigration en 2050, issus de mes discussions avec des chercheurs du Centre d’Etudes et de Recherches internationales (CERI) de Sciences Po et de l’INED (Insitut national des études démographiques).
- Les immigrés viendront majoritairement de l’Afrique subsaharienne, et notamment des régions sahéliennes. Et ce, du fait de la crise climatique, du non-développement économique de ces régions et du recours au regroupement familial.
- Le Maghreb, traditionnelle région d’émigration, va subir les effets de sa propre transition démographique, et voir sa population vieillir et donc se sédentariser.
- Le même phénomène se produira en Asie. Le continent sera plus fortement touché par les changements climatiques, notamment le sud de la Chine et le sous-continent indien, mais les flux migratoires devraient se faire majoritairement de manière régionale.
- Les nouveaux arrivants se concentreront dans les zones à forte activité économique, c’est à dire les grandes villes. Cela veut dire que 40% environ des immigrants s’installeront en Ile-de-France, dont la population devrait dépasser les 14 millions d’habitants.
- Les discours sécuritaires et d’apparente fermeté seront sans résultats puisque l’économie demandera des bras, notamment dans des secteurs comme le bâtiment et la restauration. Il y aura aussi besoin d’une immigration qualifiée, par exemple dans le secteur des services à la personne et des emplois para-médicaux.
Il y a cependant fort à parier que les questions que se pose aujourd’hui la société française resteront d’actualité dans 40 ans: logement et ghettoïsation, traitements indignes, immigration illégale et exploitation économique, intégration et xénophobie.
