Les oubliés du Grand Paris : Villiers-le-Bel

À 12 kilomètres de Paris mais à quelques encablures de Sarcelles ou de Garges qui accueilleront le tramway T5 avant la fin de l’année, nous sommes partis à la rencontre des habitants de Villiers-le-Bel, ceux qui pensent être les vrais oubliés du Grand Paris.

La banlieue à la campagne

Derrière ses apparences de mixité urbaine et de nature intégrée à la ville, l’histoire récente de Villiers-le-Bel est plus proche du surréalisme que d’une peinture de Claude Monet. Connue pour ses émeutes de 2007 suite à l’accident de circulation qui a impliqué une voiture de police et  des jeunes d’une cité, la commune du Val d’Oise a concentré l’attention d’une capitale médiatique et politique qui semble bien loin. Contrairement aux quartiers sensibles de Seine-Saint-Denis, ici, la fracture sociale est également géographique. Nous ne sommes plus vraiment dans l’agglomération parisienne puisqu’au delà des limites communales s’étend les plaines agricoles du Pays de France.

Comparaison des données statistiques entre les quartiers sensibles de la ville, l'ensemble de la commune et l'unité urbaine de Paris (source : ONZUS)

Cette situation en bordure de l’agglomération donne à Villiers-le-Bel un paysage atypique qui n’a rien du stéréotype de la banlieue parisienne. Cet ancien village rural fut bouleversé par la construction massive de logements collectifs entre 1950 et 1970. La ville mélange étendues agricoles et HLM, forêt et pavillons.

Cette morphologie urbaine particulière divise Villiers-le-Bel en deux territoires distincts : La partie est s’est développée autour de la gare du RER D et la partie ouest concentre le vieux village historique et les quartiers sensibles classés en zone franche urbaine des Murs Monseigneur, des Puits et de la Marlière. Cette seconde partie de la commune est distante de la gare de près de…2 kilomètres.


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Le bus 268 pour seul lien avec le réseau francilien

Dans cette seconde moitié de la ville, la plus isolée, le bus 268 constitue le seul lien possible entre les deux parties de la commune et le reste des infrastructures de transport. Cette ligne qui relie Saint-Denis-Université à la gare parcourt plus de 11 kilomètres et se compose de 45 arrêts, ce qui fait d’elle l’un des parcours de bus  les plus longs de la RATP.

L’une des plus longues et certainement l’une des plus pénibles car comme si cela ne suffisait pas, la ligne arpente une partie du tronçon actuellement en travaux et qui accueillera le tramway T5. Malheureusement pour les Beauvillésois, ils n’en verront pas la couleur des sièges puisque le projet de transport en site propre reliera le marché de Saint-Denis à la gare de Garges-Sarcelles.

Ces nombreux obstacles ont le don d’exaspérer de plus en plus les usagers de la ligne, comme Toussaint que nous avons rencontré à 9h du matin, du côté du Vieux-Villiers. Le premier constat est étonnant puisque chaque arrêt de bus est bondé, cela sur les 2 kilomètres qui séparent le centre historique de Villiers et la gare. L’empruntant habituellement très tôt pour rejoindre Paris où elle est agent d’entretien, elle se rend aujourd’hui auprès de son avocat à Argenteuil. Un périple de près de 1h30 qui va l’amener à emprunter 4 moyens de transport différents alors que les deux communes ne sont distantes que de 11 kilomètres.

“Tous les jours à toutes les heures c’est comme ça . Aujourd’hui c’est calme car les enfants sont en vacances mais c’est l’enfer lorsqu’on doit l’emprunter aux heures de début et de fin de cours. J’ai beau avoir une carte d’invalidité, le bus est tellement plein que personne ne me laisse une place” déclare-t-elle.

À mi-parcours, je rencontre Solange, une femme au foyer d’une trentaine d’années qui a toujours habitée ici, dans les barres de la cité qui jouxte le Vieux Village. “Mon mari travaille à Roissy, il s’y rend tous les jours en voiture. Du coup, j’utilise le bus lorsque je décide d’aller faire mes courses au Simply (situé dans la cité voisine), il n’y a rien ici”.

Le Grand Roissy plutôt que le Grand Paris

Toussaint et Solange partagent un point commun : celui de n’avoir jamais entendu parler des projets du Grand Paris. Un calvaire actuel qui risque bien de se prolonger, car outre le T5 qui terminera sa course à Garges, le métro Grand Paris Express fera halte à la gare triangle de Gonesse et au Bourget, contournant la commune du Val d’Oise.

Il faut avouer que dans cette partie de l’ïle-de-France, l’avenir semble plus prometteur en se tournant du côté de Roissy que du côté de la capitale. Ainsi, Villiers-le-Bel a fait le choix de miser sur un développement du “Grand Roissy”. Dès 2013, un bus qui circulera en site propre reliera la gare de Villiers au parc des expositions de Villepinte, en attendant la création du “barreau” ferroviaire en 2018, jonction qui reliera le RER D au RER B, sans passer par Paris et qui placera la gare de Villiers-le-Bel à moins d’une dizaine de minutes de l’aéroport.

Les projets de transport du Grand Paris dans les environs de Villiers-le-Bel. (source : Villiers le Bel infos n°128)

Abdelkarim, rencontré à la gare RER, reste songeur lorsque je lui parle de ces projets. Étudiant en sciences sociales à l’Université de Villetaneuse, sa préoccupation principale reste un meilleur déploiement du RER D. L’état du réseau l’oblige à prendre une demi-heure de marge de sécurité lorsqu’il se rend en cours. Comme Toussaint, il multiplie les correspondances quotidiennement : bus de la cité voisine des Carreaux, RER jusque Saint-Denis puis train, il rejoint alors l’université en marchant.

Je pense à déménager mais financièrement ça ne le fait pas” concède-t-il. “Avant, j’empruntais le bus 268 pour me rendre à la fac mais avec les travaux du tramway, je me suis tourné vers le RER. J’ai peut être plus de correspondances mais rester bloqué dans la circulation me saoule”.

Un comble pour les habitants de Villiers-le-Bel, indisposés par ces travaux d’aménagement qui ne les concernent pas alors que la commune du Val d’Oise fut l’une des premières en France à se doter d’un tramway en 1878…avant que le bus 268 ne remplace cette ligne.

Rappel des transports desservant la zone :
Bus desservant la partie ouest de Villiers-le-Bel : 268, 270
Gare : RER D (partie est) 

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