L’envers du string – Making of

A Rio de Janeiro, la plage fonctionne comme une place de village. Dans une ville où l’urbanisme sépare pauvres et riches, elle est l’unique lieu de mixité sociale, au moins en apparence. Les habitants des favelas, les touristes et les classes supérieures se croisent les pieds dans le sable. Exemple à Ipanema, l’une des plus célèbres plages du Brésil.

Six heures du matin. Le soleil vient de se lever sur la plage d’Ipanema. D’un côté, les sportifs transpirent sur la piste du bord de mer, baskets de marque aux pieds et Ipods scratchés aux bras. De l’autre, les marchands ambulants en tongues commencent à fouler le sable déjà chaud pour se décharger de leur marchandise. Après l’effort, les joggeurs des beaux quartiers s’accoudent parfois à l’une des nombreuses baraques pour siroter le jus désaltérant d’une noix de coco à trois réais (soit un peu plus d’un euro). Ils appellent le vendeur par son prénom, échangent quelques mots, puis repartent pour les étirements réglementaires quelques mètres plus loin. Bref moment d’échange entre deux mondes.

Ici, ca bosse dur pour faire tourner le business. On se croirait au marché. Tout le monde crie, se bouscule pour écouler chapeaux, crèmes solaires, bières, jus de fruits, paréos et maillot de bains minuscules. Danilo vend depuis le début de l’été des boucles d’oreilles faites de bric et de broc aux « gringos », les étrangers. Discours bien rodé. « Salut ma jolie, tu aimes la vie ? L’échange et le partage ? » Pas même le temps de répondre. Il s’assied à côté du paréo de Biatriz pour lui confectionner une bague en fil de fer. Un peu agacée, l’Espagnole se laisse conter fleurette avant de se voir demander une contribution. Raté ! Danilo repart avec son fatras de bijoux vers une autre proie.

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Ca a commencé comme une provocation… “Dites les amis, un sujet sur la plage comme lieu de mixité sociale, pendant que vous vous les pelez à Paris, ca vous intéresse?”

Après avoir arbitrairement délimité le champs d’investigation à deux segments de plages, il faut bien choisir son jour. Les inondations du mois d’Avril passées, les victimes ensevelies sous les décombres de leurs maisons à quelques kilomètres de là presque oubliées, la plage est bondée. Les pauvres, tout le monde s’en fout. Une journée de soleil après ces jours de pluies intense, c’est un business à ne pas rater pour les vendeurs de plage, et l’occasion de parfaire son bronzage pour les autres.

Mais derrière l’apparente facilité et superficialité du sujet, c’est un réel travail d’anthropologie. Des milliers d’histoires se croisent sur ces kilomètres de sable fin et de béton. La plage fait partie de la structure urbaine de Rio de Janeiro. Tout le monde y va, mais pas n’importe comment. Il faut donc déchiffrer les codes de chaque tribu. Observer les habitudes de chacun. Scruter les techniques d’approche des vendeurs.

Et c’est parti pour des heures de marche en tongues dans le sable chaud, carnet à la main, accompagnée de Bia, mon amie photographe. La voilà qui court derrière les skateurs, alpague les cyclistes, virevolte autour des gamins qui jonglent… Puis patatras, elle s’étale sur l’asphalte en tentant d’éviter une balle un peu rapide. “Me voilà la risée de la plage“, ironise-t-elle. Elle ne croyait pas si bien dire. “Mais, où sont mes tongues?” Quelqu’un a malencontreusement remplacé ses vieilles tongues par les moins vieilles – quoique bien usées – de Bia. Je lui ai promis que Megalopolis lui achèterai une paire toute neuve. A qui j’envoie la note?

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