Sauf rebondissements, du 8 novembre au 8 décembre, Jacques Chirac sera jugé par le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire des emplois fictifs de l’Hôtel de Ville. Comment ça ? Cette affaire n’a pas encore été jugée. Depuis le temps? L’homme n’est plus maire de Paris depuis 1995, 15 ans déjà, et la justice s’intéresse à lui. Sauf qu’ensuite, il a été président de la République jusqu’en 2007, fonction qui l’empêchait d’être mis en examen, protégé par le bouclier constitutionnel de l’irresponsabilité pénale du chef de l’Etat au cours de ses mandats.
Que reproche-t-on à notre amateur de poèmes japonais et de tête de veau ? D’avoir détourné des fonds publics pendant ses années à l’Hôtel de Ville, en embauchant des gens pour occuper des emplois fictifs. La plupart du temps, ils étaient payés par la Ville mais travaillaient pour le RPR. Le 25 août, Jacques Chirac et l’UMP (sur les bonnes grâces de Nicolas Sarkozy) se sont engagés à rembourser 2,2 millions d’euros, ce qui correspond à la somme réclamée par l’actuelle municipalité. Ce protocole d’accord sera soumis au vote lors du prochain Conseil de Paris, les 27 et 28 septembre 2010. S’il est accepté, la ville retirera sa constitution de partie civile. Un règlement à l’amiable qui sonne comme un aveu et qui ne l’empêchera pas d’être jugé pour «détournements de fonds publics».
Le procès va-t-il passionner les foules? Peut-être pas, malgré la première mise en examen dans l’histoire d’un ancien Président. On sera face à une situation un peu étrange, où Chirac sera sans adversaire ni accusation au tribunal, puisque le parquet a déjà fait savoir qu’il allait requérir la relaxe. Son seul ennemi sera donc Dominique Pauthe, le magistrat qui vient de juger Villepin dans l’affaire Clearstream. Sera-t-il à la hauteur?
Et, surtout, l’eau a coulé sous le pont Mirabeau. 15 ans, c’est long. Si Bertrand Delanoë avait en partie gagné sa première élection en jouant sur l’idée d’une moralisation de la vie politique à Paris, après les années Chirac et Tibéri, les socialistes semblent aujourd’hui indéboulonnables. Ils n’ont donc aucun intérêt politique à s’acharner sur l’ancien maire. Bertrand Delanoë a d’ailleurs déclaré plusieurs fois qu’il «n’en voulait pas personnellement à Monsieur Chirac», qu’il souhaitait simplement que justice soit faite.
L’ancien président est redevenu de plus l’un des politiques les plus populaires auprès des Français, qui ont sans doute oublié les périodes où ils critiquaient sa mollesse, ses réformes foireuses et son clientélisme. Dans une excellente série estivale, Chirac, le roman d’un procès, Le Monde a écrit en 17 épisodes ce que pourraient être les moments forts de la future audience. Les discussions en off des politiques, les réquisitoires et les plaidoiries, dans la salle où a été jugée Marie-Antoinette, sonnent plus vrais que nature. Au point qu’au bout de quelques épisodes, on en vient à se demander si le procès n’a pas déjà eu lieu, et l’on fait une petite vérification sur Google, histoire de se rassurer.
Après la lecture de l’intégralité de la fiction, qu’en ressort-il? Que Chirac est vieux. Qu’il aime regarder la télé et boire des bières Corona le soir. Qu’il apprécie lire de la poésie japonaise, de Bashō surtout. Qu’il ne supporte pas Sarkozy, qu’il ne s’entend plus très bien avec Bernadette et qu’il a une haute vision de la France. Tout cela se mélange un peu, mais, au final, on a du mal à lui en vouloir. Magie de la fiction qui nous pousse à croire toujours en la victoire du héros. Même s’il est tombé dans le côté obscur, on en vient à souhaiter l’acquittement de Chirac. Avec un peu de honte, il est vrai. Espérons que le vrai procès, dans la vraie vie, nous permette de changer d’avis.
Q.G.
Crédit photo: Flickr/humain (C.C)

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Je peux vraiment dire que je n’ai jamais lu autant d’informations utiles sur Le proces de Chirac a deja eu lieu. Je tiens à exprimer ma gratitude au webmaster du http://www.megalopolismag.com.