Le jeune énarque élu maire en 1995 a grandi. Il se verrait bien Président de la République après Sarkozy. Déjà en campagne pour 2017, Copé a fait de Meaux sa ville laboratoire en attendant l’Élysée. Résultat ? Beaucoup de flics, peu de logements et encore moins d’environnement…
«A Meaux, moi, je…» Jean-François Copé est un homme de terrain. Élu maire de Meaux en 1995, le jeune homme portait à l’époque de grosses lunettes rondes et avait encore beaucoup de cheveux. En bon premier de la classe, celui qui était taillé pour la haute fonction publique débarquait en politique bourré de certitudes. Mais il a changé au contact des Meldois. La pratique municipale l’a transformé. Et ça, il ne faut jamais l’oublier. Voilà pour la légende -racontée dès 1999 par Copé dans un livre, Ce que je n’ai pas appris à l’Ena-, toujours entretenue depuis.
Dès qu’on l’interroge, JFC répond «Meaux». Le voile intégral ? «A Meaux, moi, je…» La sécurité ? «A Meaux, moi, je…» L’environnement ? «A Meaux, moi, je…» La sous-préfecture de Seine-et-Marne est à la fois son fief et son terrain de jeux. Sa rampe de lancement vers l’Elysée. Copé sera candidat en 2017. Il l’a annoncé il y a trois ans. Depuis l’époque innocente de ses 30 ans, le natif de Boulogne-Billancourt a pris de l’envergure. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale a même son propre club, «GénérationFrance.fr». Le think tank doit fournir les idées et élaborer un programme pour l’avenir. Toujours à partir de l’expérience meldoise.
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Derrière la communication parfaitement maîtrisée du patron des députés UMP, quelle est l’action locale du maire de Meaux? Quels ont été les choix politiques –au sens noble du terme– de Jean-François Copé en matière de sécurité, d’environnement, de logement, etc.?
C’est à ces questions que répond l’enquête réalisée pour le numéro 1 de Megalopolis. La principale difficulté a été l’accès à Jean-François Copé. L’homme qui rêve de 2017 multiplie les casquettes et a un agenda surchargé…
S’il trouve toujours le temps de répondre au Figaro et à France Inter, Copé n’était pas pressé de dégager vingt minutes pour Megalopolis, inconnu au bataillon. Une chargée de com de la mairie de Meaux était d’accord pour une interview par mail. D’accord pour le mail, même si cette forme d’interview est la moins bonne qui existe, car elle ne permet pas l’échange direct.
Quelques jours après l’envoi des questions par courriel, réponse au téléphone de l’attachée de presse : « Il y a beaucoup trop de questions, M. Copé n’a pas le temps. Je m’attendais à des questions plus générales comme quelle est la philosophie de la rénovation urbaine ? ou quels sont les piliers de l’action environnementale de Jean-François Copé ? Pas des questions aussi précises. » Où l’on mesure la différence entre journalisme et communication.
Il a donc fallu commencer l’enquête à Meaux sans savoir si j’obtiendrais des réponses du maître des lieux. Première étape : lire ses bouquins, notamment Promis j’arrête la langue de bois et Ce que je n’ai pas appris à l’Ena – deux livres intéressants d’ailleurs (si, si, je vous jure). Puis rencontrer des habitants de Meaux, des membres d’association, les opposants : tous se sont révélés plutôt frileux – au moins au début – à l’idée de parler du bilan de Copé, comme s’il n’était pas bon de s’opposer publiquement au maire tout-puissant…
Toujours sans nouvelles de Jean-François Copé (ni de son premier adjoint, privé de parole officielle – la com passe uniquement par le cabinet du maire), j’ai dû éplucher les journaux municipaux, le site internet de la ville de Meaux et ses interventions dans les médias pour connaître les arguments justifiant sa politique de sécurité ou de rénovation urbaine.
J’ai ainsi pu écrire une première version de l’enquête, déjà intitulée « Le petit père de Meaux », pour le numéro 0 de Megalopolis. Un exemplaire de ce magazine pilote est tombé entre les mains du directeur de cabinet de Copé à Meaux, Edouard Pasquelin, qui m’a aussitôt appelé pour répondre à mes questions. J’ai une nouvelle fois demandé à parler directement au patron des députés UMP. Sans surprise, la réponse a été immédiate : « Il n’a pas le temps ». C’est donc son bras droit qui s’est chargé de la basse besogne – avec beaucoup de disponibilité.
Pourquoi ont-ils mis tant de temps à répondre – près de trois mois au total ? « On ne savait pas qui vous étiez, on avait du mal à cerner votre projet », s’est justifié Edouard Pasquelin.
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Vidéos drôles
Voir Jean-François Copé en 1995, à Meaux. A l’époque, il se présente comme un “bébé Chirac”, va voir les mamies de Meaux en disant “nous les petits jeunes” et porte des grosses lunettes.
Après le premier tour des municipales en 1995, ça sent bon pour Jef. Sa carrière politique décolle au moment où ses cheveux commencent à tomber.
Grand moment artistique lors des dernières Musik’elles de Meaux : après un duo avec Jean-François Copé, Véronique Sanson se met au piano, chante « Il faut absolument que je pète, il faut absolument que je chie, sinon je vais mourir ». Observez bien JFC qui, au début, se marre puis se rend compte que ça devient n’importe quoi et se met un peu en retrait.
Bibliothèque copéiste (attention, les titres piquent les yeux)
Ce que je n’ai pas appris à l’Ena, de Jean-François Copé. Ed. Hachette, 1999.
Promis, j’arrête la langue de bois, de Jean-François Copé. Ed. Hachette, 2006.
Un député, ça compte énormément, de Jean-François Copé. Ed. Albin Michel, 2009.
A lire également
Copé, l’homme pressé, de Solenn de Royer et Frédéric Dumoulin. Ed. L’Archipel, 2010, 19,95€.
Crédit photo : Medef
