Le Grand Paris de Sarkozy : “indécent”, “parisianiste”

 

A l’occasion du colloque « Le Grand Paris, 4 ans après », le Président de la République a fait le point sur l’avancée du dossier, 2 ans après la présentation des projets des architectes et des urbanistes (lire notre article ici). Pour le chef de l’Etat, pas de retour en arrière possible, le projet du Grand Paris est le sien, et se fera dans l’opulence (il se chiffre tout de même 35 milliards d’euros). Ce qui ne plaît évidemment pas à tout le monde…. Florilège de réactions.

Selon Jean-Paul Huchon, président PS du Conseil régional d’Ile-de-France, «le Grand Paris n’appartient à personne en particulier». En réponse au chef de l’Etat, il a insisté sur le rôle des collectivités locales dans le Grand Paris : «On peut faire le Grand Paris mais pas contre les gens. Pas contre les collectivités locales.» Il reproche principalement le manque de coordination entre les différents acteurs du logement : « Aujourd’hui, la Région travaille avec 8 départements, 1 281 communes, plus de 400 EPCI et 4 collectivités délégataires des aides à la pierre. C’est beaucoup trop […] Le Grand Paris, s’il veut conserver son état d’esprit démocratique, pourrait prendre la forme d’une Conférence des élus d’Ile-de-France où la Région serait représentée à sa juste mesure. Et puis, nous devons aborder de nouveaux sujets. Je pense tout particulièrement à la question de l’aménagement et du logement, en gardant la méthode partenariale que nous avons su utiliser sur l’enjeu du transport.» Pour le logement, il propose la création d’une autorité organisatrice du logement, pour permettre de clarifier les compétences de chacun et assurer la cohésion des programmations et des financements «Je ne suis pas le seul à réclamer cette création : du conseil économique et social à la Fondation Abbé Pierre, nombreux sont ceux qui exigent plus de cohérence et plus de proximité, pour plus d’efficacité collective»

Pour lui, le Grand Paris est «avant tout un état d’esprit. Par essence démocratique. Le Grand Paris doit aider à penser de manière collective l’avenir de l’Ile-de-France. Il ne doit en aucun cas devenir une contrainte. Encore moins un frein à la libre administration des collectivités locales franciliennes. »

Denis Baupin est adjoint EELV au Maire de Paris, chargé du développement durable, de l’environnement et du plan climat. Pour lui, il faut investir dans les transports publics «quel que soit le contexte économique, car c’est la meilleur façon de permettre de se déplacer aux ménages pour lesquels l’usage de d’automobile va coûter de plus en plus cher.» Il reproche au Grand Paris d’avoir «spolié les collectivités locales et le Stif de leur compétence d’organisation de ces transports collectifs» et d’avoir «rajouté des tronçons de métro dans les zones agricoles, dans le but évident de les urbaniser et donc de réduire nos capacités alimentaires».

S’il existe bien selon lui des besoins de logement «immenses et insatisfaits en Ile-de-France», il existe également des besoin d’amélioration du bâti existant : «Cela doit se faire en rééquilibrant le territoire (construire les logements prioritaires là où il y a aujourd’hui une surdensité de bureaux, notamment à Paris et à la Défense), en prenant des mesures pour diminuer le nombre de logement vacant et en construisant en priorité autour des pôles de transport collectif, pour éviter l’étalement urbain».
Pour lui, le Grand Paris doit aller vers une gouvernance commune de l’agglomération, «cela doit permettre de redistribuer les richesses dans une région où cohabitent des ghettos de riches et des ghettos de pauvres, cela doit permettre de mieux organiser le territoire pour limiter les mobilités contraintes, cela doit permettre de poursuivre le développement des transports collectifs pour réduire l’usage de l’automobile, et cela doit permettre d’organiser la mutation écologique de notre territoire ».

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République, maire de Yerres et candidat à la présidentielle, estime qu’il est «indécent de consacrer 35 milliards d’euros à un projet pharaonique qui, loin de répondre aux besoins de la population francilienne, va encore accentuer le déséquilibre entre Paris et la Petite Couronne (où sont concentrés les richesses et les emplois) et la Grande Couronne». Il pointe en particulier du doigt les départements de l’Essonne et de la Seine et Marne, qui deviendront le «Mezzogiorno de la Région parisienne.» En ce qui concerne la question du logement, la solution «ne peut être uniquement quantitative» selon lui. Il prône la réhabilitation des centres villes, l’aide aux propriétaires pour réhabiliter les logements vides «avec une véritable garantie des risques locatifs qui les rassurent contre les impayés» plutôt que la construction de «zones ghettos où les bailleurs sociaux logent les familles sans discernement». Et en profite pour rappeler qu’en tant que Maire de Yerres, il a créé une SEM municipale dont l’objectif est de réhabiliter des bâtiments anciens existants pour les proposer à des tarifs sociaux : «il s’agit de petites unités bien intégrées dans le tissu social urbain et qui favorise une mixité sociale paisible».

Marie-Christine Arnautu, n°2 du Front National et secrétaire nationale d’Ile-de-France pointe les divergences entre le coût réel du projet et les évaluations, toujours grandissantes, qui en sont faites : «En cette période de crise économique et sociale, un tel flou artistique relatif au financement de ce projet dénote d’une irresponsabilité totale du gouvernement». Selon elle, la construction du projet n’a pas été financée avec assez de sérieux : «s’il voit le jour, ce sera évidemment grâce aux impôts des Franciliens et des PME, déjà suffisamment victimes de ponctions et de taxes successives», faisant référence aux taxes évoquées dans le rapport Carrez.

Elle voit d’un mauvais œil le projet de construction de 70 000 logements par an : «Encore une promesse déjà faite en 2007… Le manque cruel de logements, et surtout le coût exorbitant des loyers ajouté aux difficultés croissantes pour devenir propriétaire prouvent l’inefficacité de l’UMP à répondre aux problématiques des français. En fait, il n’y a aucune réelle volonté politique de se préoccuper de l’amélioration de leurs conditions de vie. Pourquoi ferait-il aujourd’hui ce qu’il n’a pas voulu faire durant son quinquennat ?» Le Front National dénonce une vision «parisianiste» de l’agglomération, qui pénaliserait les autres régions françaises : «notre vision est radicalement différente car la spécialisation des sites est une vision contraire à la culture française, qui chasse définitivement le peu d’industries qu’il nous reste en Ile de France […] Nous souhaitons pour l’Ile-de-France des mesures applicables dans un délai beaucoup plus court, comme de desserrer la confluence vers la capitale, ou encore de privilégier la rénovation des voies ferrées plutôt que l’achat d’écrans plasmas déjà détériorés, ou de mobilier de décoration des quais, chers et sujets au vandalisme

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