Alors que nous sommes toujours sans nouvelles des petits Henri, Georges, Amedeo et Fernand, disparus un matin à Paris, découpés au couteau, le procès d’une douzaine de faussaires s’est ouvert cette semaine à Créteil, et s’achèvera demain, vendredi.
De 1997 à 2005, ils auraient réussi à écouler presque une centaine de fausses toiles de Picasso, Chagall ou Léger, pour une valeur de plusieurs millions d’euros. L’entourloupe auprès des clients fortunés se voulait toujours crédible: des héritiers désargentés vendent à vil prix des tableaux pour se renflouer. Sarkozy n’était pas encore élu, les riches ne se faisaient pas rembourser 30 millions d’euros par an grâce au bouclier fiscal, donc cela paraissait plausible.
Parmi ces escrocs, un personnage est le plus intéressant: Guy Ribes, 62 ans, le seul véritable faussaire. L’homme, dont les reproductions trompaient même les experts, se la joue Cosette devant le tribunal pour le moment, comme le raconte France Soir:
Le faussaire, minimise sa participation dans ce trafic et laisse entendre que ses qualités artistiques ont été exploitées par ses anciens amis qui l’auraient ainsi manipulé. « Je n’étais pas systématiquement payé », raconte à la barre l’homme aux cheveux grisonnants. « Les autres en profitaient et jouaient avec mes besoins », reprend-il. Et de préciser qu’il gagnait « 15.000 F (2.250 €) par toile vendue ».
Deux Smic pour un Picasso, ce n’est vraiment pas cher. Parfois le travail était un peu bâclé, mais c’était selon lui dû aux délais trop courts:
« Et ce Matisse, il n’est pas de bonne qualité ? lui demande la présidente, Sylvie Stankoff.
– Mais c’est parce qu’on me l’a demandé le matin pour le soir même ! »
Ou alors c’était un Renoir, les récits différent selon Le Parisien ou France Soir. En tout cas, pour un expert cité par le quotidien régional:
«Si Picasso était encore vivant, il l’embaucherait. »
L’homme peut imiter presque à la perfection une dizaine de peintres célèbres différents. Comment en est-il arrivé là? Il a toujours voulu peindre. Ces imitations, réalisées au départ pour la plaisir, ont plu. Mais sa peinture à lui, celle qui lui tenait à cœur, jamais. Personne ne l’a comprise. Ou la terrible et banale histoire de l’artisan formidable, imitateur de génie, incapable de devenir un artiste.
De ce constat, il doit y avoir un certain plaisir à devenir faussaire, à réussir tromper son monde. En se faisant passer pour eux, on devient presque l’égal des maîtres. Ou en tout cas on peut se mentir à soi-même en se regardant le matin devant le miroir. Relâchez-le madame la juge, ce n’était sans doute finalement qu’un doux rêveur. Et on connaît des peintres, vraiment ratés, qui ont plus mal tourné.
Q.G.
Photo, un peintre à Montmartre Flickr C.C. Serge Melki
