La nuit de Liset Alea, chanteuse de Nouvelle Vague

Article initialement publié sur le blog 2h27.

Nous avions rendez-vous au Carillon, un café du Xème arrondissement plutôt sympa, sauf qu’il est en plein travaux. Finalement, Liset Alea a opté pour Zuzu’s petals, un petit resto très-bobo-très-bio…. mais aussi très bon. Liset Alea, la nouvelle recrue du groupe mythique Nouvelle Vague, est grande, belle et peut vous envoûter d’un seul regard. Sa voix est un peu rauque quand elle parle en français, puis très suave dès qu’elle revient à l’anglais. Elle commande une soupe aux fèves, fait la grimace parce que c’est «too beany» tout en balançant quelques vérités sur la nuit à Paris.

D’ailleurs, la nuit, c’est elle qui va la faire ce vendredi et samedi. Avec JC Castelbajac (celui qui met des smiley, des rubicubes ou encore la tête d’Obama sur nos habits), Nouvelle Vague va réveiller la MAC (Maison des Arts de Créteil). Au programme : un spectacle intitulé «Ceremony», dans le cadre du festival EXIT.

2h27 : Depuis quand as-tu rejoint le groupe Nouvelle Vague?

Liset Alea : Depuis juillet dernier. Mais tout a vraiment commencé à partir de décembre-janvier, quand  j’ai déménagé à Paris.  Et  jusqu’à maintenant,  je n’ai pas arrêté de travailler ou d’être en tournée. Avant, j’habitais à Miami. Comme beaucoup de Cubaines, j’ai vécu l’émigration provisoire devenue définitive…  J’ai aussi vécu au Costa Rica et à New York, où j’ai étudié. Puis  j’ai déménagé aux Pays-Bas, où j’ai signé avec EMI. Mais avant ça, j’avais déjà vécu un an à Paris. C’était en 2003-2004, d’ailleurs, à cette époque, je passais souvent à la radio, grâce à ma collaboration avec Alexkid. On a fait une tournée ensemble pendant un an et c’est là que j’ai rencontré Marc Collin, l’un des fondateurs de Nouvelle Vague. Et quand Nouvelle Vague est venu à Miami, ils m’ont proposé de faire leur première partie. C’est là où tout a commencé.

Pas trop dur de trouver sa place au sein de Nouvelle Vague?

C’est vrai qu’ils ont une belle collection de chanteurs ! Moi, je pense que je leur apporte mon « Alea-ness » . Par exemple, j’adore improviser. En fait, je compose sur scène. J’ai très hâte de voir ce que « Ceremony » va donner. D’habitude, Nouvelle Vague, c’est des concerts avec une scène et un micro, basta.  Cette fois-ci, il va y avoir une dimension en plus, celle de JC Castelbajac… Ce serait peut-être un concert-show, un concert-performance… En tout cas, je vous donne un indice : I’m going to be very animal for one song…

À Paris, où trouves-tu ton inspiration?

En parcourant les rues. A Paris, il n’y a pas de pollution visuelle ou de pollution sonore comme ailleurs. Surtout dans mon quartier, le Xème arrondissement. Parfois, je trouve des endroits si calmes qu’on dirait que le temps s’est arrêté. Mais c’est surtout la nuit qui m’inspire. La nuit, c’est la frontière avec le danger…. Quand tu te motives pour sortir, pour aller danser par exemple, tu testes tes propres limites. C’est si facile de rester chez soi et de ne rien faire.

Mais je pense vraiment que ce serait bien de  tous se motiver pour  sortir : alors oui, peut-être que tu vas tomber sur une soirée pas géniale – mais dans ce cas-là, tu pourras toujours revenir chez toi. Sortir, c’est avoir une chance d’être inspirée. Mais il ne faut pas se forcer non plus, comme je le dénonce dans ma chanson « Friday night ».

Après, tout n’est peut-être qu’une question de cercle vicieux. Comme je me couche tard, il me faut 4 cafés pour me réveiller, puis le soir, 4 verres de vin pour me calmer, ce qui m’amène à être en forme toute la nuit… et ainsi de suite !

Tu voyages beaucoup, avec toutes tes tournées. Dans quelle ville préfères-tu sortir ?

C’est vrai que la plupart du temps, c’est quand je suis en tournée que je sors. C’est toujours plus excitant quand tu es dans un hôtel, en train de faire la fête dans une ville complètement inconnue…Mais je n’ai pas vraiment de ville préférée. Quoique… Récemment, j’étais en Roumanie. C’était incroyable. Des groupes venaient jouer à 3h du matin, puis à 5h du matin, c’était un mélange de vieux et de neuf… Un peu comme moi : j’aime le clubbing, mais j’aime aussi ma guitare. J’ai toujours réuni ces deux mondes. Je n’ai jamais choisi entre eux, parce que je suis certaine qu’on peut les concilier.

Que penses-tu de la nuit à Paris ?

Cela ne fait pas longtemps que je suis ici, mais il y a déjà quelques endroits que j’adore, comme le Rosa Bonheur. Oh putain j’adore Rosa Bonheur [ndlr : en français et sans la trace d’un accent]. C’est un endroit très familial, j’ai toujours l’impression que je suis dans un bal de promo, une soirée étudiante, c’est génial. La dernière fois que j’y ai chanté, j’ai grimpé sur le bar, j’ai chanté au milieu des gens…

Le problème de la nuit à Paris, c’est sa lourdeur bureaucratique. C’est facile de faire une soirée avant-gardiste à Berlin ! Tu loues une maison vide, tu balances des flyers, et voilà ! A Paris, si tu veux faire la même chose, tu dois préparer tout ça des mois à l’avance, prévenir les autorités… Mais Paris se débrouille très bien quand même. Au moins, c’est de la qualité. Ce n’est pas du « vu, oublié, vu, oublié » comme à Berlin ou à New York. La Gaîté Lyrique [voir notre article], par exemple : ça a duré des années, mais c’est un travail en profondeur.

Et la nuit à Miami, c’est comment ?

Hot ! Chaud ! Très chaud ! C’est latino ! Il y a des endroits où tu peux vraiment sentir l’énergie cubaine… et où tu vas tomber amoureuse de la ville. C’est cathartique ! Ce genre de nuits, ce sont celles qui me manquent ici. Mais bon, à Miami, en quelques mois, tu auras vu tout ce que Miami peut t’offrir. Je préfère les villes plus mystérieuses,  ce qui veut souvent dire plus européennes. Il faut prendre son temps pour les découvrir.

Pourrais-tu nous en dire plus sur le spectacle « Ceremony » de Nouvelle Vague au festival EXIT à Créteil ?

Le spectacle se fonde sur des rêves de Jean-Charles de Castelbajac, inspirés par son ami le peintre Robert Malaval. C’est un spectacle rétro-futuriste, très visuel, avec de magnifiques images, parfois iconographiques, issues de son imagination… Il va aussi y avoir une réflexion sur la notion de l’autre, du double. Sur l’affiche, on a l’impression que les deux femmes ne sont qu’un reflet. Mais c’est Mareva Galanter [l'autre chanteuse de Nouvelle Vague] et moi. Avec Nouvelle Vague, nous avons décidé d’adapter notre musique à l’ambiance que va créer JC Castelbajac au cours de ce festival. On va bien sûr interpréter nos chansons préférées, mais c’est aussi l’occasion d’introduire nos nouvelles chansons… enfin, nos nouvelles-vieilles chansons, puisqu’on fait des reprises !

Allez, une dernière question pour finir, et après, on mange. Une nuit dont tu aimerais nous parler ?

Ah, ça… C’était à Miami. J’avais un rendez-vous galant avec un jeune homme. On est allés se poser sur la plage, pour s’embrasser et regarder les étoiles. C’était une très belle nuit. Très romantique. Quand soudain, des voitures avec une dizaine de flics ont débarqué, ont braqué leurs lumières sur nous. Apparemment, il est interdit d’aller sur la plage la nuit – mais comme j’étais en Europe avant, je ne le savais pas. Après de longues négociations, on a réussi à les convaincre de ne pas nous arrêter. On peut dire que la nuit romantique était fichue ! Mais cela m’a permis d’écrire une de mes chansons préférées, « Moonlight« .

En effet. Et qu’est-il arrivé au jeune homme, après ?

C’est maintenant mon fiancé. (sourire)

Propos recueillis par Anaïs LLobet et Bénédicte Lutaud

Photo de Une : David Marc HarrisPhoto Rosa Bonheur : groupe Facebook de Rosa Bonheur

Merci à Romina Ruiz pour son aide !

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