“Elle se gare sur la place de livraison, derrière chez Fauchon. Elle coiffe sa blonde et lisse chevelure peroxydĂ©e dans le rĂ©troviseur. Puis sort. Long manteau sombre posĂ© sur les Ă©paules, collant noir transparent et talons quatre centimètres. Elle entame sa danse. Un pas en avant. Trois sur la gauche. Regard Ă droite. Puis Ă gauche. En plein soleil, elle est habillĂ©e comme pour un enterrement de star du showbiz. Elle s’approche d’une Porsche rouge garĂ©e. Une contravention. Elle la lit, la commente. « Deux PV dans la mĂŞme journĂ©e, ils exagèrent quand mĂŞme”.
[...]Lire la suite dans le numéro 1 de Megalopolis[...]
En vente chez votre kiosquier, dans certaines librairies ou sur notre site Internet (pdf)
![]()
Petite, on les Ă©vite, grande, on en redemande… Qui sont ces femmes? Sont-elles lĂ par choix? Pourquoi sont-elles lĂ d’ailleurs? La Madeleine, c’est plutĂ´t le magasin de maillots de bain Erès, la boutique Maille, le restaurant trois Ă©toiles d’Alain Senderens, la rue Royale, HĂ©diard, Fauchon… Bref, du luxe, du touristique, du “French style“…  Et pourtant, ces femmes font partie du quartier. A toute heure, elles sont lĂ . La première chose qui frappe, c’est leur âge et leur physique dĂ©fraichi.
Mais qui dit prostitution dit sexe et argent… Des tabous dont peu de riverains veulent vraiment parler…  A l’origine, je comptais faire une sĂ©rie de portrait photos du quartier, mais pour elles, l’anonymat Ă©tant primordial, le refus a Ă©tĂ© aussi net que dĂ©finitif. Donc j’ai dĂ©cidĂ© de raconter le quartier Ă travers leur regard.
Un prof journaliste m’avait dit: “ce sont des physionomistes, elles balayent le carrefour du regard toute la journĂ©e, elles finiront par te repĂ©rer”. Et puis il m’avait parlĂ© de sincĂ©ritĂ©. Et c’est vrai que en tant que femme, c’Ă©tait plus facile de leur parler, de “gagner” leur confiance. Ce n’Ă©tait pas le sexe qui m’intĂ©ressait, mais vraiment leur quotidien, l’attente, leur vie d’avant. Et c’est plus dĂ©licat pour ces femmes de parler de leurs enfants, de leur famille, que des tarifs des passes.
Je suis passĂ©e souvent, en vĂ©lo, Ă pied, en voiture, de jour, de nuit… A chaque fois, un petit mot, un sourire pas toujours rĂ©ciproque d’ailleurs… Mais peu Ă peu, certaines m’ont parlĂ© d’elles. Avec toujours cette gĂŞne de me dire que j’allais “tout rĂ©pĂ©ter“. J’ai vraiment l’impression d’avoir rencontrĂ© des personnages de tĂ©lĂ©films, (pour ne pas dire de boulevard). Chacune affiche une fĂ©minitĂ©, une gouaille et une assurance particulière. Je suis parfois gĂŞnĂ©e, maintenant que j’ai couchĂ©… leur histoire sur le papier… que j’ai figĂ© leurs paroles… elles se mĂ©fient de moi. On a peur que ça jase dans le coin. Mais je continue Ă les saluer, en espĂ©rant qu’elles soient fières de leur histoire. Une histoire de femmes qui rythment la vie du quartier. Une autre histoire que celle de banales putes de luxe.

