La Butte aux Cailles en grève

Voilà un cas pratique, pour les orateurs des récents états généraux de la nuit à Paris. Une association de riverains s’escrime contre la vie – jugée trop bruyante – du quartier de la Butte aux Cailles. Mardi, jour de la fête de la musique,  les bars étaient en grève contre un arrêté préfectoral à leur encontre.

“Je venais pour la musique...” Les badauds sont surpris. Les bars de la rue des Cinq diamants et de la rue de la Butte aux Cailles les accueillent par de grandes bâches noires barrées de la motion “En Grève“. Ni musique, ni fête. Une simple table est posée devant le restaurant emblématique Chez Gladines, afin de faire signer une pétition aux passants.

Un arrêté préfectoral interdit donc la consommation d’alcool sur la voie publique de 16 heures à 7 heures du matin. Une mesure qui fait bondir Cathy, conjointe du gérant du fameux resto Chez Gladines. “L’arrêté prend prétexte d’infractions et d’actes de violence dans le quartier. Mais nous ne voyons jamais de bagarre et jamais policiers dans le quartier…”

Elle brandit le communiqué de presse rédigé pour l’occasion. A 22h30, il ne reste qu’un exemplaire orné d’une tache de vin rouge. Ici boire dehors fait partie de la tradition en attendant qu’une table se libère. “Que veut-on faire de Paris? Peut-on accepter qu’il reste une rue ou deux un peu bruyantes?” Oui, a-t-on envie de répondre. Les habitants qui veulent dormir n’ont qu’à vivre dans le 15ème.

Les commerçants regrettent un arrêté qui vient comme un coup de bambou alors que le dialogue avec la municipalité et le commissariat n’a jamais été coupé. “Cinq jours avant l’arrêté nous étions en réunion à la Mairie et personne ne nous en a parlé“, affirme la porte-parole.

Par cette décision, la préfecture fait pas mal de dommages collatéraux. “Si certains abusent, que la police vienne et verbalise, s’enflamme la secrétaire de l’association des commerces du quartier, la voix enrouée par une soirée de débat et une semaine de mobilisation. Mais on ne les voit jamais et là ils nous sanctionnent tous. On ne veut pas pouvoir faire n’importe quoi, nous sommes responsables!”

Les plaintes sont toutes déposées par la même association de riverains, dont la présidente  a été interrogée par Le Parisien: “Il y a vraiment trop de monde dans le quartier, c’est oppressant et ça crée des risques d’accidents”. Ce soir, les passants ne sont pas sur la même longueur d’onde. “C’est triste quand il n’y a personne!” D’ailleurs des voisins ont aussi décidé de lancer leur propre pétition de soutien. “Un formidable élan de solidarité“, disent les commerçants.

Minuit arrive, les fêtards se sont approchés des concerts en périphérie du quartier. Enceintes saturées, reprises trop entendues. Sur le trottoir, une petite vieille interpelle un groupe jeunes qui s’enquillent tranquillement quelques bières.

- [ironiquement” C’est interdit de boire de l’alcool ici!

- Nous on est riverains, on a le droit!

- Vous avez bien raison! Je ne sais pas ce qui lui arrive à l’autre [la présidente de l'association de riverains]! Elle n’a jamais été jeune? Si elle n’est pas contente, elle n’a qu’à partir!”

Tout est dit.

Olivier Monod
C Photo Julien Roger

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