Le plus gros succès de l’année a été en partie tourné à Bondy Nord, l’une des plus grandes cités dortoirs de Seine-Saint-Denis. Les habitants du quartier « chaud » de Bondy sont fiers d’avoir participé à l’aventure et s’y reconnaissent… mais leur réalité n’est pas toujours aussi glamour que celle décrite dans le film.
Des façades grises couvertes de paraboles qui barrent l’horizon, des rues désertées par la verdure et les commerces où les jeunes errent toute la journée : bienvenue à Bondy Nord, une zone urbaine sensible où vivent 16 000 habitants et dont on n’entend parler que lorsque des voitures brûlent. Ce décor morose est pourtant en train de devenir familier pour des millions de Français. C’est là qu’ont été tournées certaines scènes du film aux 18 millions d’entrées, Intouchables. « On a choisi Bondy Nord car on voulait un endroit qui, visuellement, pouvait dire en une seconde où on était. Pour montrer une cité, il valait mieux filmer une cité…On a été accueilli très chaleureusement, bien qu’au début, Il y avait une petite méfiance » racontent les réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano. « Avec leurs blousons en cuir, les assistants ressemblaient à des mecs de la BAC (Brigade Anti-Criminalité). Certains jeunes les ont pris pour des flics. Et puis, les décorateurs ont transformé le collège de la cité en commissariat avec voitures de police et agents en uniformes. Il a bien fallu préciser que c’était faux ! » s’amuse Redouane, animateur à la maison de quartier Daniel Balavoine.
Les tournages en banlieue sont parfois très compliqués. Les étrangers aux quartiers sont souvent mal vus. En 2008 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), le tournage de From Paris with love, produit par Luc Besson, tourne à l’émeute. Dix voitures destinées aux cascades du film sont incendiées. Dans les quartiers Nord de Bondy, où le taux de chômage frôle les 20%, la délinquance est aussi une réalité. Yatera Gaye « repéreur » spécialisé dans les tournages en banlieue s’est chargé de faire le lien entre le monde du cinéma et celui des tours: « J’avais déjà organisé un tournage à Bondy Nord. Nouer le contact avec les gens a donc été plus facile. Ils se sont très vite prêtés au jeu. » La production a loué un appartement à une famille d’origine malgache qui avait sept ou huit enfants. Des scènes ont également été réalisées dans des tours promises à la destruction. Les réalisateurs retiennent surtout les aspects positifs du tournage: « Les gars étaient là avec nous. On a eu des débats avec les figurants sur les quartiers. Il y a eu un échange intéressant. À tel point que notre chef opérateur va faire un documentaire sur Bondy. »
Dans la maison de quartier, entre la Poste et le Franprix, l’enthousiasme est largement partagé. Makan, figurant dans le film, ne se fait pas prier pour raconter ses deux jours de tournages. « J’ai joué dans la scène où Omar se fait virer de chez de lui par sa mère. Il se retrouve avec ces potes en bas de son immeuble pour manger un grec. C’était un jour où il neigeait et il faisait super froid. Mais c’était marrant de partager un kébab avec Omar. Il est cool, il ne se la raconte pas !» Redouane se souvient du visage souriant des enfants autour d’Omar,:« Mon fils de huit ans me demande tous les jours quand est-ce qu’il va tourner un nouveau film. ». Mahmoud Bourassi, responsable de la maison de la jeunesse, qui a joué le rôle d’intermédiaire entre l’équipe du film et les habitants, insiste sur l’aspect collectif du projet. « C’était important que l’équipe n’arrive pas en terrain conquis, que les gens du quartier soient respectés et associés au tournage. » Pour Olivier Nakache et Eric Toledano, l’intégration des habitants de la cité à l’équipe du film s’est faite naturellement:   « On a recruté une vingtaine de personnes. Ils nous ont spontanément apporté leur photo pour faire partie du casting. Il y a tout de même eu deux ou trois incidents pas méchants. Notamment des gens qui s’invitaient à déjeuner sans être du tournage. Ils disaient, c’est notre quartier, donc on vient !»
Le tournage a été un petit événement dans la cité, mais personne ne s’attendait à un tel succès public. « C’est incroyable ! Presque 20 millions de spectateurs pour un film qui parle de nous. On est un peu les Ch’tis de Bondy » s’exclame Mohammed, la vingtaine, qui avait été retenu au casting, mais qui a dû abandonner à la dernière minute parce qu’il venait de trouver un emploi. Comme lui, beaucoup de jeunes du quartier se reconnaissent dans le film. « C’est marrant. Mais surtout c’est touchant. Le héros, il parle normal, comme nous, il fait pas de chichi. » explique Karim, 18 ans, qui traine avec ses copains en bas de la cité. Mahmoud Bourassi, se réjouit de l’image positive de la banlieue véhiculée par le film, même s’il reconnaît que la violence, les trafics ou le chômage font aussi partie de la vie des quartiers. « Le film montre les difficultés mais sans chercher les images chocs et le sensationnel. Il les illustre à travers le parcours d’Omar et c’est peut-être plus fort qu’à travers des halls d’immeuble. » Une scène l’a particulièrement marqué:« J’aime beaucoup le moment où la caméra s’élève et surplomb

