C’est aussi la rentrée du Grand Paris. Le débat public, qui va démarrer le 1er octobre, mettra aux prises Arc Express, le projet de la Région, au Grand Huit, le projet du gouvernement. Pour les deux acteurs, l’enjeu est de marcher sur l’autre. La concurrence bat déjà son plein.
Deux acteurs, un de droite (le gouvernement), un de gauche (la Région). Deux projets concurrents: le Grand Huit et Arc Express. Le décor est planté. Si l’on était dans un mauvais western, on verrait Jean-Paul Huchon et Nicolas Sarkozy se toiser en rase campagne, l’air de dire: “entre nous deux, il y en a un de trop”. Le ministre de tutelle du Grand Paris (plutôt Grand Huit, donc), Michel Mercier, l’a d’ailleurs dit récemment: “On ne peut pas se payer et réaliser deux projets. Avoir deux projets, c’est ne pas en avoir.”
Comme on est au 21e siècle, c’est dans les cabinets, à coups d’études et de plans com’, qu’on cherche à tuer le concurrent. Le débat public qui se rapproche sera l’occasion pour chacune des deux parties de dire en quoi leur projet est le plus pertinent.
A cet égard, la Région pourra s’appuyer sur un rapport récent de l’Autorité environnementale du Conseil général de l’environnement et du développement durable (une instance du ministère de l’Ecologie), qui demande des précisions sur le Grand Huit (ou “double boucle”). Le texte suggère d’approfondir certains éléments, surtout l’anticipation de l’évolution démographique de la région parisienne. La Société du Grand Paris (SGP) s’appuie pour défendre le supermétro sur des prévisions hyper-optimistes en matière d’augmentation de la population (1,8 millions d’habitants en plus d’ici 2035), quand l’Insee est beaucoup plus raisonnable (moins de 700.000 habitants supplémentaires). Et alors? Eh bien, la grande rocade est présentée par ses défenseurs comme un outil de développement économique et non pas comme un simple projet de transport. Autrement dit, elle doit contribuer à la création d’emplois (entre 1 et 1,5 millions selon l’humeur du gouvernement). Mais si la croissance de la population ne suit pas, ces calculs deviennent des chimères. Outre la question démographique, l’Autorité environnementale invite de surcroît la SGP à préciser ses prévisions en matière “d’étalement urbain”, un important facteur de pollution.
En réponse à la publication de ce rapport un poil embarrassant, le gouvernement a rendu public le tracé de son futur métro et a précisé avoir tenu compte des recommandations “géologiques” (sic) de l’Autorité environnementale. Pour faire simple, sachez qu’il y aura trois lignes:
- une bleue, qui, intégrant la ligne 14 du métro, reliera Orly et Roissy;
- une verte, qui, à l’ouest de la métropole, reliera Orly à Saint-Denis en passant par Saclay, Versailles et La Défense;
- enfin, une rouge, qui desservira l’est, le Bourget, Clichy-Montfermeil, Sevran et Villejuif, mais ira là encore jusqu’à la Défense en passant par le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine.
Habile communicant, Michel Mercier a bien fait attention à présenter le projet comme un outil de “désenclavement” des endroits abandonnés de l’Ile-de-France, évoquant les cas de Clichy-Montfermeil et Sevran. Assurément, le tracé est une chance pour ces deux villes parmi les plus pauvres du pays. Il n’en est pas moins une aubaine pour les Hauts-de-Seine et les Yvelines, qui pourraient se retrouver avec deux nouvelles lignes de transport rapides, alors qu’ils sont déjà les deux départements les plus favorisés de la région…
En dévoilant le tracé retenu pour la double boucle, le gouvernement se positionne également par rapport à Arc Express, dont le visage n’est toujours pas définitif – loin de là. Et alors que le financement du projet de la Région reste incertain (combien pour l’État, combien pour la Région?), Michel Mercier a assuré que la SGP serait bientôt doté de 4 milliards d’euros. Du cash qui lui permettra ensuite de mieux emprunter pour payer la facture totale, prévue entre 21 et 23 milliards d’euros.
La bataille ne fait que commencer. Et devrait se poursuivre pendant le débat public, et ses dizaines de réunions, du 1er octobre au 1er février.
Jérôme Lefilliâtre
A lire, dans le numéro 3 de Megalopolis, l’interview de Philippe Subra, professeur à l’Institut français de géopolitique, sur les enjeux du débat public. Sortie en kiosque le 17 septembre.

“Arc Express, dont le visage n’est toujours pas définitif – loin de là” Rappelons que Jean-Paul Huchon a tlongtemps été contre une rocade de métro en banlieue. Il était contre Métrophérique et s’est rallié à contre-coeur à une rocade en banlieue quand la Conférence Métropolitaine s’est rangée à ce genre de schéma. Huchon défendait les tangentielles SNCF en grande couronne et déclarait dans 20 Minutes en avril 2007 “nous n’avons pas besoin d’un métro qui fasse entièrement le tour de Paris”
http://www.20minutes.fr/article/149562/Paris-Cette-mesure-ce-n-est-pas-de-l-assistanat.php
Et n’oublions pas que le projet de rocade de banlieue n’était pas très convaincant dans la première mouture du SDRIF avec un bouclage du dernier arc au-delà de 2030…
Puis Huchon est devenu le hérault d’une rocade en petite couronne, comme d’ailleurs Annick Le Petit qui après avoir lancé une charge anti-métrophérique “projet pharaonique” a défendu Arc-Express à l’Assemblée. Cocasse…
http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr/2007/10/04/annick-lepetit-et-la-ligne-13-ou-charite-bien-ordonnee-commence-par-soi-meme/
Bref, une position franchement nulle et politicienne de la région et du PS métropolitain (Paris + région), qui semble se déterminer contre, contre Métrophérique puis contre le projet gouvernemental du Grand-Paris et jamais pour, jamais pour la métropole et ses habitants. Qui peut comprendre le projet Arc-Express avec son tracé en gros coups de pinceaux. Sur le tracé du Grand-Paris on comprend par exemple qu’il manque une interconnexion dans le 94 avec la branche Boissy du RER A. Parce qu’au moins il semble qu’il y ait du concret. D’ailleurs les élus, de gauche comme de droite sur le tracé ne s’y trompent pas.