La France est à la bourre dans le domaine. Hormis le réseau terres en villes, les personnes francophones ayant réellement travaillé sur le sujet sont au Canada. Je ne parle pas du tout de Montréal dans l’article mais cette ville est, elle aussi, à la pointe en terme d’agriculture urbaine. Il existe même une université d’été sur le thème ! De même l’une de mes sources principales concernant la Havane vient des bords du Saint-Laurent. En France, avant de discuter avec Jean-Robert Mazaud, je trouvais globalement que les dix projets d’architectes du Grand Paris survolent ce thème plus qu’ils ne l’abordent.
La plupart de leurs propositions ne repose sur aucune étude sérieuse. D’ailleurs trouver des données chiffrées sur l’importance de l’agriculture locale dans l’alimentation relève de la gageure. Ainsi le chiffre de 80% de la consommation de la Havane provenant de produits locaux vient du gouvernement cubain. Personne n’a pu m’infirmer ou me confirmer ce chiffre avec certitude.
De même quand il a fallu arrêter un pourcentage pour l’agglomération parisienne en 2050 le choix a été difficile. J’avais très tôt décidé de ne pas inclure l’élevage animal, trop incompatible en terme d’espace et de nuisances avec le milieu urbain. Certains agriculteurs mettaient la limite autour de 30%. J’ai décidé d’être optimiste, car c’est le but de cette rubrique, et de compter largement sur les repas hors foyer pour gonfler ce chiffre à 40%. Mais cette hypothèse est largement contestable.
Enfin tout l’intérêt et la difficulté de cette rubrique est de donner beaucoup d’info tout en faisant un texte d’anticipation sympa à lire. Mon premier jet était beaucoup trop lourd et la réécriture avec Jérôme Lefilliâtre a largement participé à donner un côté fun à l’article.
![]()
Un projet de tour-ferme qui ne convainc pas
Ding ! “Premier étage, champ de seigle et élevage de mouton”. Vincent Callebaut, architecte, apporte une solution originale au problème de l’architecture urbaine : une ferme dans une tour. Puisque dans les villes, la pression foncière fait s’envoler le prix du mètre carré, construisons vertical ! Cette pensée déjà largement répandue n’avait pas encore été appliqué à l’agriculture. A priori, cela peut sembler une bonne idée, d’autant plus que le responsable du projet a bien travaillé son discours.
Une innovation qui ne séduit personne, voire qui fait rire. Les agriculteurs sont les premiers à rester dubitatifs face à ce type de projet. Beaucoup de questions pratiques se posent en effet. Comment faire monter les tracteurs dans les étages ? Quelle ventilation pour éviter d’étouffer sous le pollen ? Les représentants de la FNSEA restent muets quand on leur soumet l’idée. “Ce n’est pas sérieux ?” Il faut dire qu’à l’heure où on leur demande de réduire les intrants chimiques ans les cultures, proposer une modèle de culture reposant exclusivement sur le hors-sol a de quoi les déstabiliser.
Jean-Robert Mazaud, président de Blue Holding a une objection plus philosophique. Lui qui peste contre les “villes hors sol” cette proposition est loin de le séduire ! “Nous devons reprendre contact avec la terre“, martèle-t-il. Il plaide pour un retour aux racines. Selon lui, l’homo urbanus a oublié les fondements nécessaires à sa propre vie. Nous nous sommes trop déconnectés de la nature et de ce qu’engendre nos besoins. Un bon steak nécessite un abattoir et les carottes poussent dans la terre. Ces deux vérités simples ne doivent pas tomber dans l’oubli, et non, une vache n’est pas violette et blanche.
De fait tous les intervenants interviewés pour l’article se sont montrés sceptiques voir carrément hostiles à ce type de projet. Pour des raisons techniques, pratiques, écologiques ou philosophiques. Dans ces conditions mieux valait ne pas en parler, bien qu’il soit assez intéressant d’un premier abord.
Jardins partagés
Retrouvez la carte des jardins partagés en Ile-de-France et le portail des jardins partagés dans la région.
