Boom vaudou au quai Branly

Le week-end dernier avait lieu la nuit des Musées. Notre partenaire 2h27, s’est rendu au quai Branly pour l’occasion.

« Pour une fois qu’on a autre chose à faire que d’aller dans un bar un samedi soir ! ». Marine, étudiante en philosophie, a réussi à traîner ses copines au musée du Quai Branly à l’occasion de la Nuit Européenne des Musées 2011. « Mais en même temps, comme on vient tout le temps au musée… » ironise son amie Sydney en remuant sa coupe afro au rythme de la musique électro-funky. Dans la salle en sous-sol, après avoir profité de l’exposition sur l’art Dogon, les visiteurs se massent pour assister à la performance collective qui clôt la soirée au musée des arts premiers. Le thème de ce soir: Haïti.

Francis, danseur hip-hop et chorégraphe, se prépare pour le spectacle : « Nous voulons montrer que Haïti, ce n’est pas que des désastres, que ce n’est pas un pays mort. Nous avons une culture forte et nous voulons montrer ce qu’on vaut. »

Pour un aperçu en image et en musique de la soirée, regardez d’abord ce diaporama sonore.

Le public s’assoit par terre autour des platines. D’un coup la musique électronique s’arrête. Accompagné par un percussionniste, un chanteur vêtu de noir et aux cheveux crépus oranges entame un chant en créole. C’est Erol Josué, musicien et prêtre vaudou haïtien. On ne comprend pas le créole, mais on discerne dans son chant les mots Krishna, Allah et Jésus-Christ. « C’est une chanson traditionnelle sur la joie et la fierté de Haïti, nous expliquera-t-il plus tard. Cela parle aussi de Papa Loco, le dieu de la forêt de notre pays, de cette nouvelle Haïti qui commence, j’espère… »

Une femme en robe blanche surgit du public et commence une danse désarticulée. Elle tournoie en jouant avec sa longue traîne. Comme possédée, elle manque de tomber sur une petite fille qui se recule brusquement, surprise. A la fin de sa danse, la furie retombe et se recroqueville sur le sol en un petit tas de linge blanc.

Elle laisse bientôt place à un grand slammeur qui débite ses mots sur fond de house :

Montre-moi avec ce mouvement de chair,

joue, joue, allez joue, joue-moi, joue-moi,

avec ce mouvement de corps, avec cette trique.

Nos bourreaux victimes, nos victimes bourreaux…

« Le musée est un lieu d’imagination, et la nuit développe l’imaginaire, fait remarquer Thérèse, nantaise d’une quarantaine d’années. Le fait qu’il y ait des animations au musée, ça permet d’interpeller d’autres sens que la vue, comme l’ouïe ou le goût. » Ce n’est pas la dame au pull rose qui se délecte d’accras de morue devant nous qui va la contredire. Au fond de la salle, des associations proposent des menus traditionnels. Bananes flambées, porc griot, salade épicée, beignets, poulets grillé…et même une petite bière.

« Cette nuit des musées, c’est sérieux et ça ne l’est pas en même temps. D’habitude c’est intello, mais on peut quand même s’amuser, se lâcher ! » s’exclame le prêtre vaudou Erol Josué.

Sur le plateau, quelques spectateurs se lèvent pour danser. D’autres les rejoignent et bientôt une discothèque s’improvise. Quelques métis décident alors d’enlever leur T-shirt pour dévoiler leur torse musclé recouvert de messages en lettres blanches : « Nous sommes un pays qui donne ». Par leur prestation, ils l’ont montré ce soir.

Des vigiles débarquent pour faire revenir le silence et le vide dans le musée ; il est 23h45, et bientôt les salles pleines d’œuvres d’art doivent retrouver leur calme habituel.

Pour honorer notre promesse, nous filons à Beaubourg tenter de Twitter pour dévoiler tableaux et sculptures dans le jeu imaginé par l’artiste Florent Deloison, tel que l’annonce le programme officiel. A l’arrivée, nous tombons sur un centre Pompidou éclairé, certes, mais vide. « Dernière entrée à minuit, mesdemoiselles, désolé, » nous lance l’agent de sécurité. On en doutait encore, mais là, c’est certain : il s’agit plus d’une soirée des musées que d’une nuit entière. On espère en savoir plus sur ce jeu numérique étrange pour la prochaine Nuit des musées, et peut-être même avoir une permission de 2h27 du matin !

Bénédicte Lutaud et Nina Montané

Article initialement publié sur le blog 2h27.


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