Banlieue, terres de mission – Making of

Ni Islam, ni catholicisme. Il y aurait près de 300 Eglises afro-antillaises dans la région parisienne, essentiellement en banlieue. Des protestants évangéliques qui se regroupent dans des entrepôts hors d’âge, à défaut d’avoir de vrais lieux de culte. Reportage dans ces paroisses, où se mêlent communautarisme, prosélytisme et immigration.

Sur l’écran géant au fond de la salle, le pasteur appelle ses fidèles à se lever. “Ensemble disons “non” au Mal”. A chaque évocation du Diable, la foule tape violemment du pied sur le sol, les muscles bandés à l’extrême. L’énergie déployée, communicative, pousse le novice à participer. Les basses longues et puissantes de l’orgue, la nef majestueuse et les prie-Dieu sagement alignés? Non, rien de tout ça. Tous les dimanches, c’est dans un entrepôt de Saint-Denis que les fidèles de l’Eglise évangélique Charisma se pressent, obligeant les derniers arrivés à suivre le culte sur vidéo dans des salles annexes.

A l’entrée, juste après les poussettes garées en triple-file, des hôtes en costard noir et cravate turquoise vous guident dans les étages jusqu’aux dernières places disponibles. Là, une chaise libre, coincée entre deux femmes, l’une en boubou jaune et rouge et l’autre cachée sous un grand chapeau blanc à rebord. Trop de monde ? Une feuille bleue vous invite à laisser vos coordonnées. L’Eglise vous rappellera pour vous proposer des “groupes familiaux”, sessions plus intimes chez un des membres de la communauté.

[...] Lire la suite dans le #3 de Megalopolis [...]

Making OfOn est toujours bien accueilli quand on rentre dans une église évangélique. Trop bien accueilli même. Les hôtes d’accueils vous serrent la main puis vous accompagnent (escortent?) jusqu’à une chaise libre.

Cette ambiguïté dans l’ouverture n’aide pas à redorer l’image des évangéliques. Toujours soupçonné de sectarisme, ces petites églises indépendantes vivent en autarcie et ce sont les offrandes des ouailles qui font vivre le pasteur local. Dès lors une personnalité un peu charismatique peut vite tirer profit de la situation sans que ceci ne soit la règle pour autant.

les cultes sont à mille lieux de la tradition chrétienne occidentale. Dans la vidéo ci-dessous, on assiste à une séance d’exorcisme peu banale (à partir de 7’10).

Les évangéliques vivent leur foi de manière extrême bien souvent. Ils croient aux miracles, et prennent la Bible au pied de la lettre. ils sont d’ailleurs souvent derrière les mouvements créationnistes aux Etats-Unis. Plus proche de nous, le Prophète (?!) Beugré Parfait représente le chemin de la rédemption idéal: un ancien musulman, toxicomane et homosexuel guérit de toutes ces «tares» par sa rencontre avec Jesus.

Notre article s’est plus particulièrement intéressé aux mouvements afro-antillais en France. Ces églises, largement liées à l’immigration (lire l’article de Frédéric Dejean et Baptiste Coulmont dans Rue89), représente un phénomène inédit de retour de bâton des missions coloniales. Les pasteurs reviennent en France avec “un mandat divin” et la volonté de convertir leurs anciens colons.

Toutefois tous les fidèles ne sont pas de fervents croyants. Les églises jouent un rôle sociale d’intégration important. Dans ce sens, l’évolution de leurs cultes peut être un marqueur de l’intégration des populations immigrées en France.

Enfin, le chercheur Frédéric Dejean, intervenant dans l’article, a commenté ce dernier sur son blog, à lire ici.

Olivier Monod

About the Author

Megalopolismag.com est le site web de Megalopolis, le journal du très grand Paris.