1860 : Paris King Size

Prendre un café à Belleville, manger une entrecôte à la Butte aux Cailles avant se faire un ciné à Beaugrenelle, rien de plus normal aujourd’hui. Mais il y a un siècle et demi, aller dans ces différents quartiers de Paris, c’était comme un voyage à la campagne. On est au coeur du 19e siècle, une décennie après la prise de pouvoir de Napoléon III. L’actuel 13e arrondissement est un lieu dit : « Les Deux Moulins ». Pourquoi ce nom au charme provincial ? En toute logique, parce que deux moulins se dressent au milieu de la prairie. Le préfet Haussmann, chargé par l’empereur de sortir Paris du Moyen-Âge, met la ville sens dessus dessous. Il fait bâtir des ponts et percer de larges avenues, quitte à raser des quartiers entiers. La capitale est un immense chantier à ciel ouvert, engoncée dans des limites trop petites pour elle. Paris est en pleine adolescence.

[...]Lire la suite dans le numéro 0 de Megalopolis[...]

Making Of

Ecrire un article d’Histoire, pour un journaliste, c’est a priori compliqué. En tant que professionnels des médias, on est supposés vivre dans l’instant, être au courant de tout avant tout le monde, à en être addict à la nouvelle fraîchement tombée. L’Histoire, c’est évidemment un tout autre rythme. Parler de ce qui s’est passé il y a un siècle et demi quand on est habitués à le faire de ce qui s’est passé il y a dix minutes, ça peut sembler déroutant. Il faut perdre un certain nombre de réflexes, ne plus écouter la petite voix mécanique dans sa tête qui répète des « C’est quoi l’actu ?» ou autres assertions du même type. Se débrancher, quoi. Et ça fait du bien.

En plus, ce n’est pas parce qu’on parle d’Histoire qu’il n’y a pas de résonnances avec l’actualité. Si dans notre premier numéro de Mégalopolis, on a choisi d’inaugurer la rubrique par la dernière extension de Paris, c’est bien parce qu’il en est de nouveau question aujourd’hui. Les choses sont heureusement un peu plus compliquées que « ça vient d’arriver donc c’est actuel » vs « ça s’est passé il y a un siècle, c’est poussiéreux ».

Mais alors, comment on fait un papier d’Histoire ? Evidemment, pas comme un article habituel, ne serait-ce que parce que l’accès aux sources directes est un peu compliqué. Mais si quelqu’un a le 06 d’Haussmann, je prends, hein. Heureusement, il y a les historiens… et les livres qu’ils écrivent !

Aussi je me suis rendu à la Bibliothèque d’Histoire de la Ville de Paris, que je découvrais à l’occasion. C’est un lieu assez fascinant, qui mérite vraiment d’être visité au moins une fois. C’est une vraie vieille bibliothèque, avec sa lumière tamisée, son parquet qui craque et ses volumes sans âge alignés sur les rayons. Surtout, on peut y consulter de vieux plans de la région parisienne. J’ai ainsi pu parcourir, avec une certaine émotion, une carte détaillée de Paris en 1860, au moment de l’extension. Où l’on constate qu’effectivement, à la périphérie de la capitale, il n’y avait encore parfois que des villages qui deviendront les futurs arrondissements de Paris.

Malheureusement, pour faire reproduire ces plans il faut passer par un prestataire de service extérieur (et payant), donc je m’en suis tenu à une simple lecture. Pour emprunter des ouvrages, il ya aussi toute une inscription à remplir alors je me suis dit que j’allais d’abord regarder dans ma bibliothèque municipale de banlieue. Et j’y ai trouvé mon bonheur (voir bibliographie plus bas) ! Il faut dire que l’extension de Paris en 1860 est un sujet assez connu et suffisamment récent pour qu’il y ait beaucoup de sources à son sujet. C’est en me basant sur plusieurs ouvrages que j’ai pu écrire l’article.

Après, dans l’écriture en elle-même, la difficulté c’est d’arriver à rendre vivant une page d’histoire un peu institutionnelle. A ce titre, je suis content d’avoir déniché le témoignage d’époque que j’utilise à la fin de mon article, qui rend le tout bien plus clair. Et puis, dans les ouvrages j’ai trouvé plusieurs anecdotes rigolotes de mentionnées qui permettent de donner un peu de chair à ce papier.

Bonus

Bibliographie

ParisFavier«Paris, 2000 ans d’Histoire» de Jean Favier. C’est un ouvrage de référence sur l’histoire de Paris. Organisé de façon thématique plus que chronologique, certains chapitres, notamment ceux ayant trait au quotidien des Parisiens, sont passionants.
HaussmannCarmona«Haussmann» de Michel Carmona. C’est une bibliographie classique, comme toutes les grandes bibliographies que publie Fayard. Elle est très lisible et à travers la vie du baron Haussmann, c’est ni plus ni moins le visage qu’offre Paris aujourd’hui qui est expliqué.
RuinesFournier«Paris en ruine» d’Eric Fournier. Le moins accessible des trois (c’est une thèse) mais pas le moins intéressant : l’auteur s’intéresse à cette période charnière entre 1851 et 1871 où Paris se couvre de ruines, que ce soit dû aux grands travaux d’Haussmann, aux désastres de la guerre contre la Prusse ou aux turpitudes de la Commune.

Sur le net

Une collection de cartes de Paris au XIXème siècle, pour mesurer les changements extrêmement rapides de la capitale à cette époque : http://www.oliviermarquet.com/cartotheque/cartes-paris-map/

About the Author

Louis Moulin aime la banlieue car les grecs y sont moins chers et le centre car les cinémas et les boutiques de BD y sont plus nombreux. Mais issu d'une famille de banlieusards pur jus, vivant à Gennevilliers depuis 5 générations, son coeur est plutôt du côté extérieur du périph. On peut le croiser dans les tribunes du Stade Bauer à Saint-Ouen (ah, le sandwich merguez à la mi-temps) et il rêve de voir enfin le métro rouler toute la nuit, même en semaine. Surtout quand le Vélib a peur d'aller chez les "barbares". Cofondateur de Megalopolis, diplômé de l'Ecole de journalisme de Sciences Po, il travaille à présent pour Le Parisien.